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Le vieux palmeur
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27 novembre 2025

Les dépenses de ma mère Suzanne Lesquoy: extraits du carnet n°72 du 1er octobre au 31 décembre 1972

J'ai présenté le carnet n°72 dans ma précédente publication le 16 octobre. Je poursuis donc celle-ci avec les 18 pages couvrant la fin de l'année 1972. Pour la première fois de sa vie ma mère va se retrouver seule à la maison la semaine puisque je suis étudiant à la faculté de Sciences de Nancy à compter du 22 octobre. J'y entreprends des études de Physique-Chimie, en 1ère année de DUES, dans une promotion de 120 étudiants environ. Cela change de la Terminale C à 32 élèves du lycée de Longwy, mais cela ne m'effraie pas et je retrouve des potes du lycée, même si les meilleurs éléments de la T7 sont partis en prépas scientifiques ou en écoles d'ingénieur.

J'ai obtenu une chambre en cité universitaire sur le site de Montplaisir à Vandoeuvre et la toute nouvelle université et son architecture moderne est à deux pas. Je vais vite décorer les portes des placards avec des photos de motos et des posters de groupes pop, comme Pink Floyd, que j'aurai la chance de voir en concert le 8 décembre au parc des expositions.

Un sentiment de liberté m'envahit mais je suis avant tout là pour bosser et le rythme acquis au lycée va être mis à profit pour assimiler de nouvelles méthodes de travail. Je suis encore pour au moins cette année-là un polar, terme désormais inusité signifiant en argot scolaire "complètement absorbé par ses études". Pour info, seul le dictionnaire culturel d'Alain Rey mentionne ce mot, apocope de polarisé.

Pendant ce temps ma mère décroche de nouveaux employeurs à Longuyon et, à partir d'octobre, va effectuer des ménages à huit endroits différents. Ainsi ses revenus augmentent assez nettement, se montant à 840,77F en octobre, 868,16F en novembre et 1344,42F en décembre. Le S.M.I.C. horaire est à 4,30F depuis le 1er juillet puis passe à 4,55F le 1er novembre, mais ma mère est alors payée 5F de l'heure chez les personnes âgées. Les autres recettes viennent des allocations familiales et du premier versement de la bourse de l'Education Nationale (1485F pour 1/3).

Côté dépenses, elles s'établissent à une moyenne de 1043F par mois durant ce dernier trimestre. Ma mère m'a confié la gestion de la bourse EN versée en novembre et je me mets donc moi aussi à remplir des carnets de comptes. Elle n'engage pas de dépenses importantes, juste le strict nécessaire en alimentation et vêtements. Elle fait réparer son manteau par la couturière Mme Engel, me fait tricoter un pull-over par Mme Warga. Elle s'achète juste des chaussons, des botillons et une écharpe. Ce qui ne l'empêche pas d'être généreuse, donnant 10F à mon ami d'enfance Gérard Silvestre lorsqu'il part en octobre à Annecy occuper son premier poste de cuisinier.

Ses distractions se limitent à la lecture du journal local et du Télé-poche, alors que nous n'avons pas de télévision. Mais elle va parfois la regarder chez Mme Silvestre ou chez Mme Ponozny, notre propriétaire. Le loyer est maintenant de 50F par mois pour notre vieille baraque du 16 rue Albert Lebrun.

A Noël, elle met les petits plats dans les grands pour recevoir Jean-Pierre et Evelyne. Financièrement, l'année 1972 se termine par un équilibre précaire. Le montant total de dépenses figurant dans les carnets s'élève à 13966F et le montant des recettes connues à 13772F. L'année suivante, qui verra ma mère obligée de cesser de travailler pour raison médicale, sera bien plus compliquée.

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

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