J'ai 15 ans, mes frères 20 et 22... et ma mère 43 ; mon père n'est plus de ce monde depuis près de 13 ans ; il faut faire bouillir la marmite au quotidien en courant dans Longuyon faire des ménages, deux heures par ci, deux heures par là. Un frangin effectue son service militaire à Etain, un autre bosse comme dessinateur à Usinor. Et moi je passe mon brevet en juin, fais les courses, vais bosser à la fête de la gare au manège d'avions de M. Mazure, repeins les volets, vais à la piscine de Longwy (ça, je ne m'en rappelais pas, vu que j'avais une sacrée pétoche de l'eau), fais tomber deux réveils une nuit, vais à la bourse aux livres à Longwy,  puis entame une Seconde C au lycée de Longwy. Nous vivons dans trois pièces d'une maison pour le moins inconfortable, sans aucune commodité. Ma mère trouve encore le temps d'écrire presque chaque jour. Alors elle note ce qu'elle gagne, ce qu'elle dépense, ce qu'elle cuisine, ce qu'elle lave, ce qui l'emmerde, ce qui l'énerve, ce qui lui tombe dessus qui n'était pas prévu, ce que la chatte a pondu, ce que ses trois mômes font (ou pas...), ce qui arrive au grand-père, ce qu'il fait comme temps. Bref, ce quotidien, qui n'avait bien sûr rien de très palpitant. Mais voilà, j'ai envie de partager avec celles et ceux qui prennent un moment pour me lire cette tranche de vie de 1969, année de sortie de l'album éponyme d'un certain François Béranger.

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